Lorsque Robert Rauschenberg devint, en 1964, il y a 62 ans, le premier artiste américain à remporter le « Grand Prix » de la Biennale de Venise, cette distinction établit sa réputation à l’échelle mondiale. Le prix braquait en même temps les projecteurs sur la jeune création contemporaine américaine.
Pendant un demi-siècle, l’œuvre de Rauschenberg a défié les conventions par une prise de risque et une inventivité extraordinaires, transformant fondamentalement la notion même de peinture : la totalité de la vie était ouverte à l’art.
Dans ses peintures et ses sculptures apparaissent des moments autobiographiques, les épaves des métropoles et des messages issus de l’océan de la fiction et de la réalité, qu’il contextualise dans des œuvres densément tissées et composées de multiples strates. Rauschenberg utilise dans ses peintures ce que l’on n’y avait encore jamais vu.
Il dira plus tard : « Les matériaux savent qu’eux et moi tentons quelque chose ensemble. » Par conséquent, aucune matière n’est ennoblie dans ses œuvres. Un panneau de rue cabossé, une chèvre empaillée, un poulet, un pneu de voiture, l’alunissage, une vieille porte d’écurie, un morceau de musique ou un couvre-lit usé lui étaient tout aussi utiles pour réaliser une peinture que la toile, la peinture à l’huile, la térébenthine ou la sérigraphie, qu’il découvrit à l’été 1962 au même moment qu’Andy Warhol. « Je voulais, disait Rauschenberg, créer une surface qui invite à un changement permanent de point de vue, à un examen attentif et mouvant de chaque détail. » La pièce maîtresse de l’exposition à la Galerie Bastian est la grande œuvre « Crosstown », 1997, panorama d’un paysage urbain qui présente formes et couleurs dans une narration dépourvue de hiérarchie. « Crosstown » repose sur un procédé de transfert intégrant une multitude de motifs photographiques dans une surface en polylaminé au moyen de colorants végétaux, combinés à des éléments picturaux. Tout y est interconnecté et tout se dissout au moment de sa révélation. Aujourd’hui, près de trente ans après sa création, « Crosstown » apparaît comme une allégorie précoce du monde à venir, fait d’une multitude infinie d’images.
11.09.2026 - 21.11.2026
Vues d'exposition
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