Metal, Ink & Dye: Late Works from Captiva Island sera la première exposition londonienne de BASTIAN consacrée aux œuvres de Robert Rauschenberg (1928–2008). Elle se concentre sur les assemblages métalliques de la série Glut (1986–1989 et 1991–1994), ainsi que sur une sélection d’œuvres innovantes réalisées par transfert de colorants issues des séries Anagram (A Pun) (1997–2002) et Short Stories (2000–2002).
Fuyant le rythme vertigineux de New York au début des années 1970, Rauschenberg trouve refuge sur une petite île baignée de soleil au large de la Floride, Captiva. Cette nouvelle demeure insulaire devient un terrain fertile pour certaines de ses œuvres les plus remarquables et les plus ambitieuses. BASTIAN rassemble ici une sélection d’œuvres de cette période tardive à Captiva Island, qui témoignent non seulement de son utilisation du transfert d’encre et des technologies d’impression, mais aussi d’un usage toujours plus imaginatif et inventif du métal. L’exposition comprend trois sculptures révolutionnaires de la série Glut, série essentielle dans l’exploration intensive par l’artiste des possibilités sculpturales offertes par des objets métalliques trouvés.
Ayant directement constaté la désolation provoquée au début des années 1980 par une économie texane en récession, peinant à survivre à la surabondance de pétrole sur le marché, Rauschenberg fait des sculptures Glut le récit d’une obsession américaine pour l’extravagance somptueuse : à la fois critique sociale, relique automobile et industrielle et, fondamentalement, pur Americana.
Panneaux de stations-service, fragments automobiles et morceaux de métal abandonnés sont recalibrés en sculptures autonomes et reliefs muraux. Dans Pimiento Late Summer Glut, 1987, l’artiste remodèle des déchets trouvés pour produire une élégante œuvre murale qui atteint une harmonie entre ses éléments constitutifs. Dans Tropic Compass Glut et Klaxon Pisa Glut, réalisés l’année suivante, l’identité originale des objets demeure perceptible, suscitant chez le spectateur une curiosité active.
Dans les années 1950, Rauschenberg développe la technique du transfert au solvant afin d’introduire photographies et coupures de magazines dans son travail. Il continuera à l’utiliser et à l’expérimenter tout au long de sa carrière. L’artiste imbibait des images de magazines d’un solvant, par exemple du liquide pour briquet, jusqu’à ce que les encres d’impression se détachent ; il retournait ensuite l’image, la posait face contre une nouvelle feuille et frottait doucement le verso jusqu’à ce qu’une image fantôme apparaisse sur le nouveau papier ou tissu. Cette technique polyvalente et innovante est illustrée par Award, 1979, et Flue, 1980.
Matinee, de la série Anagrams (A Pun), 1997, prolonge l’intérêt de Rauschenberg pour la communication. Dans une anagramme, les lettres sont réorganisées pour produire un nouveau mot ; l’artiste réalise ici une reconstruction comparable. À partir d’une sélection de ses propres photographies imprimées sur acétate, il superpose les images et expérimente de nombreux arrangements afin de bâtir une nouvelle narration. Ses photographies originales sont ensuite traitées par ordinateur afin d’atténuer, d’intensifier ou même de modifier complètement les couleurs, avant d’être imprimées avec des colorants végétaux à base d’eau puis transférées sur des surfaces en polylaminé. Ce procédé révolutionnaire de transfert numérique libère Rauschenberg de ses sérigraphies tant aimées et lui offre une liberté d’expression empreinte d’immédiateté et de vitalité.
Page 10, Paragraph 3, 2001, de la série Short Stories, approfondit cette sensation de liberté. Chaque œuvre de la série reçoit un numéro de page et de paragraphe, comme si elle n’était qu’un fragment isolé d’un récit plus vaste que le spectateur doit lire et achever lui-même. Lors de la présentation de la série en 2001, Rauschenberg déclara : « Vous êtes l’auteur. Cela ne peut être que de l’art. Attardez-vous et laissez-vous surprendre là où votre esprit vous mène. Dans ce groupe d’œuvres, il n’y a ni erreur, ni juste, ni faux […] Ni pistes, ni traces. Votre histoire ou votre rêve, imaginé ou réel : ce sont vos trésors personnels, à partager ou à garder secrets. Choisissez d’élargir votre réalité ou de la vivre dans le futur […] Les histoires peuvent changer comme le temps. »
Aucun autre artiste du XXe siècle n’a célébré avec une telle efficacité la trajectoire sociale et économique des États-Unis tout en permettant, dans le même mouvement, au spectateur de prendre part au voyage plutôt que d’en être un simple observateur.
Transfert au solvant, acrylique et collage sur papier, 31,7 × 24,5 in. [H × L].
Transfert au solvant sur tissu collé sur papier, 81,3 × 59,7 cm / 32 × 23,5 in. [H × L]. Signé et daté au recto, en bas au centre, au crayon : « RAUSCHENBERG 79 ».
Éléments métalliques rivetés, 104 × 126 × 40 cm / 40,9 × 49,6 × 15,7 in. [H × L × P].
18.01.2021 - 08.05.2021
Vues d'exposition
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